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Low Down : au coeur du LA jazzy

In #littérature, art, Art on septembre 29, 2015 at 5:43

13 Joe and Amy 1977

Irrésistible envie de caresser la couverture du livre: des touches de piano en relief. Les caresser puis frapper pour qu’elles sonnent divinement avant de les dézinguer. Comme Joe Albany se dezingua. Le génial pianiste de jazz carburait à l’héro, aux médocs et, sans discrimination, à toute substance ruineuse pour sa santé et ses cachets miteux.

Amy, sa fille, blondeur d’ange et langue luciférienne, raconte sa jeunesse dans le milieu interlope du Los Angeles des 40es aux 70es. Une jeunesse passée à materner un père adorant sa « p’tite acolyte« .

Joe et Amy migrent de meublé en meublé aussi vite que le pianiste enchaîne les accords. Rythme qu’il applique aussi à ses conquêtes. Souvent, un accord discordant vient troubler le quotidien chaotique et épicé de l’inséparable binôme : prison, menaces, crises de manque … Mais jamais Amy ne fait dans le registre de la pauvre petite fille des rues. Elle chipe, entourloupe et évite les embrouilles. « Hey miss ça te dit de faire un tour en moto« . Niet. Elle zigzague et évite les plans foireux. Les galères de la rue c’est pour les plus fragiles. Elle en a vu des gamins comme elle, moins futés et moins aimés sans doute, sombrer dans le deal ou la prostitution. Amy, elle, est princesse be-bop. Elle doit tenir son rang. Swing et Swag.

8 Amy 1967

Quand le tempo s’emballe et devient incontrôlable, la fillette gagne ses refuges. Les escaliers de secours ou son cahier rempli des pires faits divers. Des enclaves qui lui font relativiser son chaos. Daddy se fait un shoot de speed et frappe les murs ? Amy a peur mais, le nez dans son cahier, elle se calme. Et oui, ce n’est pas pire que le sort réservé aux soldats américains par les vietcongs qui installaient des pièges remplis d’araignées venimeuses et de scorpions sautant au visage des gamins militaires quand ils avançaient dans d’étroits boyaux de jungle.

Amy a aussi le jazz. Elle écoute avidement les musiciens parler. Son tourne-disque passe et repasse ses morceaux préférés tels une amulette contre le mauvais sort. Avec son père, elle rencontre à peu près tous les grands de l’époque d’Amstrong à Charlie Parker en passant par Chet Becker qui mourra à quelques heures de Joe Albany. La petite Amy adore accompagner son idole dans les clubs où les meilleurs jazzmen lui offrent ses boissons sucrées favorites et la traitent en princesse. C’est bon et flatteur. Amy est aux anges !

Joe Albany, le précurseur du be-bop, fait preuve d’une candeur désarmante. Un comble pour un sicilien. Ainsi, la virginité de sa fille ne serait aucunement menacée par les nains, les clowns et quelques autres spécimen de la faune des meublés de LA. On ne peut pas connaître les humains aussi bien que les notes.

Impossible de décrocher de ce récit acide et tendre, pétri d’amour et d’humour.

piano

Low Down, A.J.Albany, Le Nouvel Attila.

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