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Transcolorado : voyage entre tornades et tickets de la chance

In #littérature on mai 12, 2017 at 12:10

Quand Dan Mary, ex cow girl aux tarentules plein la tête, rencontre Tommy, ancien bûcheron à la démarche de chat, ils boivent quelques cafés-whisky et prennent le Transcolorado. Le bus sillonne l’État et ses chemins aussi cabossés que les deux passagers en transit sur le « chemin du bout de la rue« , presque du bout de la vie.

Dan ressemble à une Calamity Jane sur qui pleuvraient de grosses gouttes de galères. De son enfance souillée dans la grange paternelle et perturbée par une mère qui, saisie de crises « de grand vent dingue », hurlait des nuits entières, elle a gardé de petits savoirs et de solides amours.

L’amour de chevaux Appaloosa, éclairs zébrant les plaines, celui de la paille et d’une bonne couette après une journée au grand air.

La cow girl a appris à lire le ciel et ses menaces comme à décrypter les gestes des hommes et leurs dangers. Elle sait prédire le temps en regardant les nuages « on peut lire la venue du gel dans les petits friselis grisonnants qui se traînent après les grosses saignées de sang rouge sur le grand plat du ciel lorsqu’il se couche sur la terre, à la fin du jour« . Le livre est parsemé de ces petits morceaux de poésie sauvage sur une nature dont l’héroïne intériorise les outrances, fureur et calme confondus. Le pire est ce ciel trop bleu qui lacère les outcasts comme un couteau d’Apache. Les jours de ciel trop bleu, ceux faits pour les gens normaux, Dan charge sur les cafés-whiskys, prend le bus jusqu’à l’arrêt des Quatre Montagnes, ferme les yeux et rentre.

Avec Tommy, elle apprend que peut-être « on s’en serait pas là si Adam et Ève n’avaient pas croqué la pomme« , mais peut-être seulement, elle découvre les immenses pins Douglas, malades comme les hommes et les tickets de la chance que l’on gratte dans les cafés près du bureau d’aide sociale et de la poste là où il faut retirer son mandat de survie.

Avec Tommy quelque chose change. L’espoir naît, tout devient possible car « on ne peut jamais savoir ce qui se passe au-dessous du ciel« .

Très visuel, le road book donne à voir des clichés à la Walker Adams, fait surgir des images de tornades dignes du National Geographic. Il est avant tout est un voyage tout en humanité dans l’Amérique profonde, celle des fermiers ruinés, des Amish, des services sociaux et d’une nature toute puissante.

Transcolorado

Catherine Gucher

Editions Gaïa

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Chronique de Tallinn : L’Estonie à l’heure du crime

In #littérature, romans on mai 7, 2017 at 5:30

Melchior l’apothicaire connaît les secrets des plantes. Ceux qui soignent et ceux qui tuent. Il concocte des remèdes au persil-gingembre à faire bouillir dans du vin pour revigorer les jeunes veuves, des baumes à la jusquiame qui calment les migraines, des liqueurs bénédictions de l’âme. Il sait choisir, doser, mélanger. Une plante peut guérir comme elle peut empoisonner. La jusquiame par exemple ou encore la cigüe.

C’est par la cigüe que périt le Père Adam bibliothécaire du couvent des Dominicains de Tallinn. C’est la cigüe qui mettra fin à l’épouvantable existence de Carstine soeur du Maître de la Guilde du Saint-Sacrement.

Dans la capitale de la Livonie (Estonie) médiévale, les morts se succèdent depuis la découverte d’une mystérieuse Chronique où il est question d’un Chevalier du Temple et d’une malédiction liée à un péché innommable.

L’enquête de Melchior nous plonge dans la vie et dans l’histoire des marchands et des guildes du 15ème siècle. On s’immerge dans une Tallinn qui se rêve en petite soeur de Lubeck la capitale du commerce hanséatique. On partage le quotidien les moines comme celui des seigneurs, des mendiants et des lépreux.

Ce polar médiéval agit comme une liqueur de curiosité. Précision historique et complexité des personnages ne laissent aucun répit à l’attention. On suit avec ardeur et impatience les efforts de  Melchior et de Dame Bertha, sa nouvelle compagne d’investigation, pour résoudre l’énigme. Une énigme qui garde jusqu’au bout son mystère et réserve d’inquiétantes surprises.

La Chronique de Tallinn

Indrek Hargla

Gaïa Polar janvier 2017

Amour, gloire et dentiers : Iggy Pop chez les retraités

In art, Littérature on avril 8, 2017 at 12:03

 

Après avoir épuisé de promesses son ultime secrétaire ukrainienne, Stanislas, producteur octogénaire de films Z, redoutable tchatcheur un (gros) brin mytho, débarque, ruiné, chez son fils. Costume sombre, rai sur le côté, la progéniture a choisi un chemin très différent des catwalks. Martin est directeur du « Jardin d’Éden », une maison de retraite huppée proche de Deauville. Les pensionnaires y vivent une vie pleine d’ordre, de bon petits plats (équilibrés) et de chlorophylle entre Claire – médecin bombasse-, Sami -infirmier apprenti réalisateur-, Pablo et Antoine -chefs cuistots en égo trip.

L’arrivée de Stanislas va semer une joyeuse pagaille dans ce petit monde centré sur la fin de vie cossue.

Stupre, came et musette animent désormais les nuits des retraités. La température monte de 30° entre Martin et Claire. Iggy Pop entre en scène et en coulisses – le passage du post concert est hilarant-. Rock et Cinéma investissent la résidence. On projette des films dont »Brokeback Mountain » qui va déclencher deux coming out. Catherine Deneuve -présidente du film de Deauville- joue les ambassadrices du documentaire qui se tourne autour de Stanislas.

Marc Salbert – auteur du désopilant  « De l’influence du lancer de minibar sur l’engagement humanitaire » revisite le thème usité de la maison de retraite en folie. Il livre ici un roman décalé sur le grand âge, le sens de la vie, l’amour et la filiation. Sans oublier le rock, la pellicule et les stars.

Un coup de boutoir dans la forteresse du normcode.

 

 

Amour, Gloire & Dentiers

Marc Salbert

Édition Le Dilettante, avril 2017

 

Mention spéciale à la couverture qui reprend les découpages punk de Jamie Reid. No future ? No, no, no, Fullfully Future !

Le gardien de Phare : du noir sur le grand bleu suédois

In livre on mai 31, 2016 at 6:05

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À quelques jours de l’ouverture du complexe balnéaire de Fjällbacka, Mat Sverin, son directeur financier, est retrouvé mort une balle dans la nuque. Les enquêteurs piétinent. Le meurtre a-t-il un rapport avec les transactions suspectes découvertes par le défunt ? Est-il lié au passé de cet homme à la transparence trop lisse qui a été brutalement agressé à Göteborg alors qu’il travaillait pour une association d’aide aux femmes victimes de violences ?

C’est cette violence qu’Annie, l’amour de jeunesse de Mat, a fui avec son fils. Compagne d’un homme d’affaires véreux exécuté par ses pairs, elle s’est également réfugiée sur les lieux de son enfance, une île proche de Fjällbacka. Graskär est surnommée « L’île aux Esprits » car, dit-on, « ceux qui y meurent de la quittent jamais ». Mat est venu retrouver la jeune femme peu avant sa mort. Une autre piste ?

Camille Läckberg croise les destins de ses personnages tous marqués par l’enfance, le deuil, la violence.

Elle mêle réalité et imaginaire en entrecoupant récits d’enquête et mémoires d’une jeune femme, épouse prisonnière de « L’île aux Esprits ».

Dans « Le Gardien de Phare », on partage aussi la vie quotidienne des habitants d’une petite ville suédoise à la beauté brute et colorée. Le livre accorde une égale importance au côté public, à la traque des policiers et à leur sphère privée. La maternité et la famille -dans ce qu’elle a de pire comme de meilleur- constituent la toile de fond du polar. Il est vrai que Érika, l’héroïne de la série, n’intervient qu’au milieu de l’histoire. Le lecteur doit donc suivre sa vie de mère, d’épouse et de soeur parfaite.

Malgré ce focus assez lourd sur « Érika at home » on a très envie de résoudre l’énigme et d’embarquer pour Graskär et ses mystères.  

« Le Gardien de Phare », Camille Läckberg, chez Babel Noir.

Le Livre du Cygne : mythes de givre et de parchemin

In #littérature on mai 8, 2016 at 2:18

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Quand la terre devint fantôme de gel et de blizzard, les peuples du Nord se mirent en marche vers l’exil. Un cygne immaculé scella leur destin de bohémiens blancs.

Dans une épave de l’armée australienne posée sur un souvenir de lac devenu étang putride, Bella Donna de la Flotte raconte à une petite fille aborigène l’épopée de ces migrants climatiques dont elle est l’ultime rescapée. C’est un chant sacré, une mémoire des mythes du monde comme l’est ici le « Rêve », la mythologie des antipodes.

La petite adoptée écoute. Oblivia ne parle ni ne chante. Traumatisée par un viol collectif elle a cherché l’oubli dans l’immémorialitée d’un eucalyptus. C’est de son antre que la lady bohémienne l’a extirpée. Elle l’élève entre le bidonville des rebuts de l’assimilation et des milliers de cygnes noirs venus du Sud du pays.

C’est aussi du Sud, au sein d’une autre branche de la même nation autochtone, qu’un cadeau du ciel, un « Miracle Incarné » est attendu. Warren a été éduqué par les Anciens pour devenir le premier président aborigène d’Australie. Mais son destin est hanté par un rêve de femmes cygne.

Deux légendes, celle de la petite fille terrée dans un eucalyptus millénaire et celle de l’enfant prodige doivent se rencontrer.

« Le livre du cygne » alterne métaphores et mots bruts pour parler du désastre climatique, de l’exil, des peuples indigènes. Il regorge de pages d’une poésie spectrale, hypnotique. Et tire sa beauté tant du vivant que de la folie omniprésente.

La plume épique d’Alexis Wright nous emporte très loin.  

 

« Le Livre du Cygne », Alexis Wright, Éditions Actes Sud, 2016.

« La pire personne au monde » : Douglas Coupland se déchaîne

In #littérature on octobre 4, 2015 at 5:47

Douglas Coupland La quarantaine avachie, pleutre, teigneux, égoïste, la libido sévèrement contrariée, Raymond Gunt se frotte les mains. Il va quitter son appartement londonien caverneux pour filmer une émission de télé réalité sur un attol du Pacifique. Le (mauvais) sort en décidera autrement et il traversera les plus ubuesques catastrophes. Ses missives courroucées ou dilatoires à Dieu ou à Al Qaida resteront lettre morte. L’auteur de JPod, de Génération X et A, nous a habitué à la dissection jubilatoire d’un thème sociétal. Avec « La pire personne au monde », Douglas Coupland ne se limite pas. Il orchestre un feu d’artifices des maux de notre société : junkmedia, junkfood, pollution, nucléaire … Le récit est servi par des personnages qui, chacun dans leur genre, ont quelque chose de l’immonde Raymond. Fiona son ex femme impitoyable casteuse, les employés serviles et arrivistes de l’émission, les candidats. Et même Neal, son binôme SDF au type traveller catcheur qui, une fois décapé, révèle un physique à la Jude Law et la prévenance ambigüe d’un concierge de cinq étoiles. On recommande vivement ce livre à tous ceux qui sont au bord du burnout afin de leur montrer qu’ils sont encore très loin du « pire » .

 

« La pire personne au monde », Douglas Coupland, Au Diable Vauvert.

Les secrets des plantes : la pharmacopée traditionnelle

In #littérature on août 4, 2015 at 6:30
La pharmacopée traditionnelle au service de la vie moderne

La pharmacopée traditionnelle au service de la vie moderne

Il n’y a pas de moment pour lire.
Certes, mais les vacances restent des périodes propices aux découvertes et aux rattrapages.

Il n’y a pas de lieu pour lire.
Bien sûr, mais certains environnements suscitent des envies particulières.

À la campagne, les ouvrages sur les plantes peuvent s’avérer plus attirants par la proximité de la flore.

Si vous décompressez en terre verte, « La pharmacopée Naturelle » de Simone Bourgarel a de fortes chances de vous plaire.

 

L’auteur ancienne élève de l’École européenne d’herboristerie a suivi la formation « Plantes aromatiques au Potager du Roi » (Versailles). Elle connaît donc son sujet sur le bout des doigts.

Doigts qu’elle utilise pour taper les posts de son blog http://www.lebonheurestdanslepre.net quand elle ne s’occupe pas de ses herbes aromatiques et de ses plantes.

Simone a par ailleurs rassemblé ses connaissances et ses observations pour en faire un livre à la fois guide que l’on butine pour découvrir les vertus d’une herbe et réponse alternative aux petits maux de la vie moderne.

Graines, herbes, épices ...

Graines, herbes, épices …

 

L’ouvrage est ainsi divisé en thèmes pratiques. Par exemple les « Recettes pour être bien au naturel » avec notamment l’infusion anti-migraine à base de basilic, de menthe, de lavande, d’origan, de romarin, de serpolet, de thym et de caféine ou l’infusion au gingembre pour booster son immunité.

 

Les sportifs ont droit à des remèdes maison (voir photo) 

 

Recettes anti-courbatures, boisson pour hydrater les pieds ... des potions pour les sportifs

Recettes anti-courbatures, boisson pour hydrater les pieds … des potions pour les sportifs

Le bien-être émotionnel n’est pas oublié avec la cure ayurvédique (ginseng, brahmi, Ylang Ylang, petit biragadier …) pour diminuer l’anxiété, la tisane de l’endormissement (bourrache,  coquelicot, lavande, pensée sauvage, fleurs de souci), la détente des yeux (pochons de lavande sur les yeux), la bouilloire anti-stress (camomille, mélisse, roses séchées, lavande, huile de calophylium).

 

Autre chapitre : « La beauté au naturel » avec un mémo des herbes et épices de beauté et de santé, un secret de beauté à la tomate, des lotions (capucine), des masques (pomme/sauge), des eaux florales (souci, rose) ….

 

La maison n’est pas oubliée avec des fumigations pureté (encens, cumin, lavande, laurier, sauge), un focus sur le benjoin, des trucs pour créer des univers olfactifs …

 

Les huiles essentielles font l’objet d’un traitement spécifique, de même que l’art et la manière de cultiver et de conserver les plantes ou les « remèdes cultes » (composition à base d’argile rouge, eau de mélisse et eau d’émeraude) …

Le livre est servi par une abondante iconographie qui tantôt vous incite à tester des recettes tantôt vous donne envie de mettre la main à la terre en espérant que vous ayez le pouce vert.

La pharmacopée naturelle », Simone Bourgarel, Éditions Alternatives